Le 25 mars 2025, l'Agence OTAN d'information et de communication (NCIA) a finalisé l'acquisition du Maven Smart System NATO (MSS NATO) de Palantir Technologies pour déploiement au sein du Commandement allié Opérations (ACO), dont le siège est au SHAPE. [Note] Le SHAPE — Supreme Headquarters Allied Powers Europe — est le commandement suprême des forces alliées en Europe.
La procédure d'acquisition a été menée en six mois, de la définition du besoin à la signature — l'une des plus rapides de l'histoire de l'OTAN. Le déploiement au sein de l'ACO devait débuter dans les trente jours suivant la signature.
La procédure a été conduite en mode gré à gré (sole-source procurement), selon un représentant du SHAPE interrogé par Janes. Le système était déjà « actif et éprouvé dans neuf nations membres de l'OTAN contribuant à des opérations réelles ».
Le MSS est issu du projet Maven, lancé initialement pour analyser automatiquement des heures de vidéo de surveillance afin d'identifier des cibles terroristes. Il agrège des données provenant d'une multitude de sources, classifiées et publiques, et les organise en une base de données unique et interrogeable.
Le MSS NATO est conçu pour doter les commandants d'applications d'intelligence artificielle — modèles de langage (LLM), intelligence artificielle générative, apprentissage automatique — ciblant la fusion du renseignement, les processus de ciblage, la connaissance du milieu opérationnel et l'accélération de la prise de décision.
Le MSS NATO fusionne et analyse des données issues de sources multiples : images satellites, capteurs infrarouges, interceptions de communications, données géolocalisées.
Le 15 décembre 2025, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) française a renouvelé pour trois ans le contrat qu'elle maintient avec Palantir depuis 2016. La société a par ailleurs des contrats avec le Bundespolizei, le BKA, le NCTV néerlandais, le PET danois et le NCA britannique.
Le 20 janvier 2026, le ministère ukrainien de la Transformation numérique a lancé Brave1 Dataroom, une plateforme construite sur infrastructure Palantir permettant à des entreprises de défense ukrainiennes d'entraîner des modèles d'IA sur des données de champ de bataille sensibles — imagery thermique et visuelle de drones Shahed, données de capteurs collectées sur plus de quatre ans de guerre.
En 2024, Palantir a enregistré 1,57 milliard de dollars de revenus issus de contrats avec le gouvernement américain.
En août 2025, Palantir a signé avec l'armée américaine un contrat d'une valeur maximale de 10 milliards de dollars sur dix ans, consolidant 75 contrats antérieurs en un accord-cadre unique couvrant l'ensemble des besoins logiciels et de données de l'armée.
En vertu du CLOUD Act ou de la FISA section 702, des prestataires américains peuvent être contraints d'accéder à des données ou de les divulguer même si les serveurs sont physiquement localisés dans l'Union européenne. [Note] Le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (CLOUD Act, 2018) et la Foreign Intelligence Surveillance Act section 702 (FISA 702) constituent des dispositifs légaux américains permettant aux autorités fédérales d'exiger l'accès aux données détenues par des entreprises américaines, quel que soit le pays où ces données sont stockées.
Les outils propriétaires de type Palantir sont considérés comme des « boîtes noires » — les exigences de transparence y sont jugées essentielles.
Un rapport d'information de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, déposé le 1er avril 2026 par les députés François Cormier-Bouligeon et Aurélien Saintoul, documente la dépendance numérique des armées françaises.
Pour les rapporteurs, confier ce rôle à Palantir représente « un risque grave d'atteinte à la souveraineté de décision de la France ». Une fois le système déployé et adopté par tous les membres de l'OTAN, il devient selon eux quasiment impossible d'en changer — l'argument de l'interopérabilité suffisant à bloquer toute alternative européenne.
Selon le rapport, 85 % des achats informatiques du ministère français de la Défense proviennent de fournisseurs étrangers. Près de 48 % des dépenses logicielles du ministère proviennent d'éditeurs américains.
Les outils fournis par Palantir via le MSS NATO impliquent non seulement un échange de données, mais également une normalisation des procédures, rendant difficile le retour en arrière une fois le système adopté par les membres de l'OTAN.
La France développe Arcadia, présenté comme une alternative européenne à Maven, avec des entreprises françaises parmi lesquelles Mistral AI, Safran, Thales et Airbus. Le déploiement est prévu lors de l'exercice CWIX de l'OTAN en Pologne, du 8 au 26 juin 2026. [Note] Le CWIX — Coalition Warrior Interoperability Exercise — est l'exercice annuel de l'OTAN testant l'interopérabilité des systèmes de commandement et de communication des nations membres.