§1 — FAIT CENTRAL
Amnesty International établit que l'algorithme de recommandation du fil « Pour toi » de TikTok expose des comptes tests d'adolescents de 13 ans à des contenus sur le suicide et l'automutilation en moins de trois à quatre heures de navigation, lors de recherches conduites en France en 2025.
§2 — DISPOSITIF / MÉTHODOLOGIE
Amnesty International mène les recherches en France, pays soumis au Règlement sur les services numériques (DSA) de l'Union européenne.
L'équipe crée trois faux comptes d'adolescents de 13 ans (deux filles, un garçon) sur TikTok, puis étudie manuellement l'amplification algorithmique des contenus sur le fil « Pour toi ».
Des expériences complémentaires sont conduites en collaboration avec l'Algorithmic Transparency Institute, au moyen de comptes automatisés d'adolescents de 13 ans en France.
Le rapport s'appuie également sur des témoignages de jeunes et de parents endeuillés recueillis en France.
La méthodologie repose sur des comptes tests fictifs et non sur des utilisateurs réels ; le rapport ne précise pas le nombre total de sessions ni leur durée exacte au-delà des seuils mentionnés.
§3 — RÉSULTATS PRINCIPAUX
Dès les cinq premières minutes de navigation, et avant toute expression de préférence, les trois comptes reçoivent des vidéos sur la tristesse ou le désenchantement.
Dans les 15 à 20 minutes suivant le début de l'expérience, les trois fils contiennent presque exclusivement des vidéos sur la santé mentale, dont jusqu'à la moitié sur des contenus dépressifs.
Sur deux des trois comptes, des vidéos exprimant des pensées suicidaires apparaissent dans les 45 premières minutes.
En trois à quatre heures de navigation, les comptes sont exposés à des vidéos idéalisant le suicide ou montrant des jeunes exprimant l'intention de mettre fin à leurs jours, avec des informations sur les méthodes de suicide.
Les expériences automatisées conduites avec l'Algorithmic Transparency Institute établissent que le système de recommandation de TikTok fait plus que doubler le pourcentage de contenus tristes ou dépressifs recommandés lorsque les historiques de visionnage en contiennent déjà, dans des proportions variables.
Des contenus signalés à répétition par des jeunes et leurs familles comme incitant à l'automutilation ou au suicide ne sont pas supprimés de la plateforme, selon les participants aux recherches.
§4 — RÉSULTATS COMPLÉMENTAIRES
Amnesty International avait publié en 2023 deux autres rapports documentant les préjudices subis par les enfants et les jeunes utilisant TikTok, dont l'un intitulé Poussé·e·s vers les ténèbres (titre partiellement cité dans la source).
Amnesty International estime que TikTok ne respecte pas toutes ses obligations au titre du DSA et n'assume pas sa responsabilité de respecter les droits humains conformément aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme.
La Commission européenne mène actuellement une enquête sur TikTok ; Amnesty International demande que ses conclusions y soient intégrées.
§5 — TÉMOIGNAGES
« Il y a des vidéos […] qui sont encore imprimées dans ma rétine. Voir des gens qui se scarifient en direct, des gens qui disent quoi prendre comme médicaments pour en finir, ça influence et ça t'incite à avoir des comportements délétères », déclare Maëlle, 18 ans, décrivant son exposition à des contenus dépressifs et liés à l'automutilation sur le fil « Pour toi » de TikTok à partir de 2021.
« Pour ces plateformes, nos enfants deviennent des produits et non plus des êtres humains. On utilise nos enfants comme des produits avec un algorithme et une bulle de filtres, en se servant de leurs émotions pour les capter », déclare Stéphanie Mistre, mère de Marie Le Tiec, adolescente française décédée par suicide en 2021 à l'âge de 15 ans après avoir été exposée à la spirale de contenus dépressifs de TikTok.
§6 — PHÉNOMÈNES ASSOCIÉS
Durant l'été 2025, l'équipe de recherche d'Amnesty International tombe, dans le fil d'un des comptes tests gérés manuellement, sur deux vidéos présentant le « défi du baume à lèvres ».
Ce défi, initialement fondé sur le fait de deviner le goût du baume à lèvres d'une autre personne, évolue en une version encourageant les utilisateurs à couper un morceau de baume à lèvres à chaque moment de tristesse, puis à s'automutiler ou à tenter de se suicider une fois le baume terminé.
Les témoignages recueillis mentionnent également des vidéos montrant des scarifications en direct et des indications sur des médicaments à utiliser pour mettre fin à ses jours.
§7 — CADRE NORMATIF
Le Règlement sur les services numériques (DSA), adopté par l'Union européenne, oblige depuis 2023 les plateformes à identifier et à atténuer les risques systémiques pour les droits de l'enfant.
Les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme définissent la responsabilité des entreprises en matière de respect des droits humains ; Amnesty International estime que TikTok ne s'y conforme pas.
Le Parlement français débat actuellement de failles dans la réglementation des réseaux sociaux, selon l'article.
§8 — POSITION DE L'ENTREPRISE CONCERNÉE
Amnesty International a communiqué ses principales conclusions à TikTok.
TikTok n'a pas répondu.
L'article indique que TikTok a annoncé des mesures d'atténuation des risques depuis 2024, sans en préciser la nature ni en attribuer la formulation à une déclaration officielle de l'entreprise.
§9 — CRÉDITS
Amnesty International — Entraîné·e·s dans le « rabbit hole ». De nouvelles preuves montrent les risques de TikTok pour la santé mentale des enfants — avec la collaboration de l'Algorithmic Transparency Institute — 2025